Et l’écheveau de ma vie commença à se dérouler…..
La seule évocation de ce tendre surnom me ramenait des années en arrière. Vieille minuscule, usée par un labeur trop dur, le dos cassé par des années qui comptent toujours double pour ceux qui n’ont pas eu le privilège de naître sous un ciel bien clément ; les fées, que je croyais à cette époque de l’enfance où les rêves appartiennent à la réalité, ses meilleures amies, ne l’avaient hélas, pas dotée de beaucoup de richesses matérielles….les peines bien plus nombreuses que les joies s’accumulaient, fardeau bien trop pesant pour les épaules si frêles de cette aïeule que j’adorais.
Mémère, je te revoyais telle qu’en cette époque, le léger flou que les années n’avaient pas manqué d’apporter à la précision de ton image, se dissipait peu à peu ; maintenant, le tableau s’affinait et je regardais, plongée dans ma mémoire redevenue très précise,ce petit bout de femme assise à mes côtés et qui me souriait malicieusement.
Ses yeux presque trop pâles, ne laissaient discerner qu’avec difficulté, comme par modestie, leur couleur bleutée, d’où jaillissait cependant une source de vie quasiment éternelle, oui, ce regard gardait en lui, toute la beauté de la jeunesse, toute sa limpidité qui s’ouvre à l’avenir, criant à son entourage, aveu pudique certes, qu’elle gardait confiance en la vie….
Voulant faire partager à ceux qu’elle affectionnait tout particulièrement, ce bonheur sans cesse renouvelé, qu’elle puisait dans toutes ses histoires ; généreuse tout au long de son existence, c’était sa façon de donner, de donner encore, du peu qu’elle possédait. Aussi pouvait-on percevoir les étincelles de cette joie, que seuls, les vrais conteurs peuvent ressentir.
Combien de fois ce regard taquin, masquant toute la tendresse qu’il me portait m’a soutenue dans maintes épreuves ; non, ils ne se refermeront jamais ses yeux si bleus et cette partie de tout être, qui demeure éternellement un enfant, les cache jalousement, comme un trésor, au plus profond de mon âme.


