samedi 4 septembre 2010
Tout déplier Tout replier

 
 

Nouveau départ
Arrivée à Guermange

 
La journée brillait de tous les feux de l’été, faut-il préciser qu’étant née le 14 Juin, nous nous trouvions à la mi-Août, j’avais deux mois….Ma tante à la carrure charpentée me reçut chaleureusement, le ciel n’ayant pas encore pourvu son couple d’un seul rejeton, cette femme sévère s’attendrit devant mes mimiques de nourrisson…En effet, quel spectacle émouvant que de regarder s’éveiller peu à peu, et bientôt se développer, chaque sens de ce petit être nanti de ce don merveilleux qu’est la vie….

Mes parents, dont l’émotion de devoir me quitter grandissait au fur et à mesure que l’heure du départ approchait, me couvaient de leurs derniers regards, mais l’idée que bientôt ils reviendraient chercher une enfant solide, aux joues vermeilles et rebondies, les consolèrent bien vite ; c’est l’esprit serein qu’ils me confièrent à ma tante, qui leur lança sur le pas de la porte :

 "Regardez la bien, votre petite maigrichonne, lorsque vous reviendrez vous ne la reconnaîtrez plus."

Et au dire de Mémère, témoin de l’événement, comme pour signifier mon approbation, je me calais davantage entre les seins généreux de celle, qui, toute ma vie demeurerait, ma seule maman de par le coeur. Ce foyer allait devenir le mien…Ma tante et son mari, mes seuls véritables parents, ceux vers qui me porterait toujours ce sentiment de reconnaissance pour m’avoir nourrie malgré leur indigence.Ces gens simples forgeront mon âme d’adulte en m’inculquant des principes rigoureux ;la maturité d’un être n’est-elle pas le calque de sa petite enfance. ?…

Contrairement à ma tante, mon oncle occupera une plus petite place dans mes souvenirs, non que je ne l’aimais pas, mais petit homme insignifiant il se faisait oublier facilement, peut-être volontairement d’ailleurs : toujours posté à l’ombre de sa femme qui le terrorisait, il s’effaçait constamment par crainte de recevoir tel un enfant, une remontrance de la part de cette "Maîtresse femme".

Mon oncle passait facilement inaperçu de par son apparence plus que modeste, sa taille déjà le défavorisait et, son 1m60 ne pouvait bien évidemment égaler les rondeurs de sa robuste moitié.Une fine moustache ombrait sa lèvre supérieure, si discrète, elle aussi, que seul un interlocuteur placé à ses côtés pouvait l’apercevoir ; son visage poupin y gagnait quelque peu en virilité. Ne parlant guère, toujours un mégot figé entre ses lèvres fines, comme s’il éprouvait des regrets de se séparer à jamais de cette amie fugitive ; quelles complices pour lui que ses chères cigarettes qu’il roulait avec d’infinies précautions.Prenant avec parcimonie de ses doigts courts le tabac, si précieux et rattrapant chaque brindille qui s’échappait, afin de la ramener sur la mince pellicule de ce papier si fragile, dans lequel il rassemblait les feuilles odorantes, hachées en si menues parcelles.Tel un trésor, il portait délicatement à ses lèvres,ce rouleau qui prenait subitement vie,au contact de la flamme gourmande de l’allumette, et la petite cuisine se remplissait alors, d’une multitude de fines volutes de cette fumée bleutée, quasiment irréelle. Combien de fois j’ai contemplé cet homme, admirant ses gestes rapides et ses mains si agiles, marquée à jamais, par la solennité de ces instants. En effet, il s’agissait d’un véritable cérémonial,et, je respectais, bouche bée, chaque fabrication d’une nouvelle cigarette.Ce rite pour mon oncle tenait du sacré et durant toute cette préparation,sa jouissance, dépassait de beaucoup ,celle du fumeur proprement dite. Seule ma tante se permettait de venir troubler ce bonheur fugitif, rouge de colère devant le tableau que nous formions, elle fustigeait à chaque fois mon malheureux oncle en lui rappelant que son"vice"ruinait la maisonnée dont elle avait le souci.

Ma vie s’organise dans le petit village…..
 
 

 
 

 
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