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mardi 7 septembre 2010
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Mémère la conteuse
Mémère anime les longues soirées d’hiver

 
Mémère animait les mornes soirées d’hiver, conteuse extraordinaire, elle aimait plus que tout faire revivre sur la scène de notre imagination les fées à la beauté resplendissante qu’elle mêlait au gré de sa fantaisie, aux diables et à leurs bonnes amies les sorcières à la mine si patibulaire….

Cette femme fatiguée et usée se révélait une narratrice hors-pair, et nous assistions à sa complète transformation : preuve d’amour pour cette vie qui ne la retenait auprès de nous que par un fil bien trop tenu.

Ses yeux quasiment éteints, tels deux lacs glacés, pris dans un froid éternel, se muaient comme par miracle en deux volcans pleins d’étincelles d’espérance et rejaillissaient forcement sur chacun des assistants des douces soirées de mon enfance….

Quel enthousiasme, quelle fraîcheur aussi.Nous suivions alors, transportés sur le tapis magique tout ce que l’aïeule voulait bien nous faire visiter, nous emmenant très loin de notre cher village.

Mémère avait déjà traversé deux guerres : celle de 1870 et celle de 1914. Aussi dépeignait-elle, avec un certain ton plus chargé de rancoeur que de pardon, les Uhlans, ces Allemands voisins seulement de 80 kms. Cette haine, la grand-mère si douce que nous connaissions, ne pouvait s’empêcher d’en laisser échapper le flot, sans cesse refoulé, et, sa seule vengeance, consistait à donner à ses ennemis de si longue date, des visages grimaçants, horribles même, les mains couvertes de sang ; Ces hommes dépeints tels des monstres terrifiants par l’aïeule vénérée, devenaient automatiquement à nos yeux des ennemis en puissance et hantaient bien souvent notre sommeil d’enfant…

Comme je les craignais ces Teutons !Ces "boches"que j’entendais nommer ainsi par les anciens ; je les imaginais tels des démons et la crainte de les voir un jour franchir ce fil invisible que représentait pour moi la frontière, me terrorisait.

J’ignorais alors que lorsque j’aurais atteint ma douzième année d’existence si paisible auprès des miens, la réalité cruelle rejoindrait ces personnages cauchemardesques qui peuplaient mes nuits d’enfants.

Mémère, en ton souvenir, je vais retracer cette enfance, la mienne, où tu as tenu une place prépondérante et combien essentielle. Je tiens à faire ce don en ton honneur, toi, à qui je dois le bonheur d’avoir connu la chaleur d’un foyer où cependant je ne possédais pas véritablement ma place ;tu demeureras celle à qui j’ai donné mes premiers baisers sur tes pauvres joues burines, celle aussi, à qui j’ai confié mes premiers tourments et mes premières espérances d’adolescente, tu m’as en un mot, appris la vie et je tiens à te rendre hommage pour tout ceci Mémère ; et te dis Merci.

 
 

 
 
 
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