samedi 4 septembre 2010
Tout déplier Tout replier

 
 

Douces veillées
La vie continue avec des contes de fées

 
Je reniflais, et avant de m’installer sur Mémère, je mouchais prestement ce nez importun, l’essuyant du revers de ma manche, prenant bien garde à ce que ma tante ne regarda pas de mon côté à cet instant précis, trop pressée d’écouter les histoires, je ne tenais pas à perdre une seule seconde d’un temps précieux en recherchant un mouchoir, qui souvent d’ailleurs, avait été perdu dans la journée…

Je m’installais enfin, sous le charme déjà, véritablement aux anges !

Quelles veillées merveilleuses devant le pauvre feu de bois, où les bûches encore humides crépitaient, apportant un semblant d’aisance et une chaleur combien bienfaisante ; les flammes vacillantes allumaient sur les murs lézardés des tableaux d’ombres dansantes où allaient s’installer en conquérants, les héros sortis tout droit de la bouche de Mémère ; les personnages disparates s’animaient alors, dans la pièce misérable, qui, soudain nimbée d’un clair obscur mystérieux, prédisposait aux rêves d’enfants…et, cette masure se transformait soudain en un château illuminé de mille feux…

Heureuse enfance qui se contente pour seule richesse, d’un peu de rêves, et, qui possède au bout de l’âme : l’imagination, qui en véritable baguette magique, peut teinter de merveilleux, l’univers dans sa totalité.

Grand-mère qui, à mes yeux dépassait largement les cent ans,commençait des récits où les fées et les elfes leurs amies à la beauté éblouissante, côtoyaient les sorcières et les démons leurs complices à la laideur combien repoussante ; une armée de soldats venus pour nous prendre nos maisons, nous chassant loin de ce pays où nous vivions et qui s’appelait tout simplement "chez nous", représentait à nos yeux d’enfants la plus grande horreur imaginable : Ces personnages fictifs auxquels Mémère mêlait la réalité de ses souvenirs, nous pétrifiaient de terreur, encore bien davantage que le nez crochu ou les cornes du diable !

L’auditoire se composait de mes cousins, assis à même le sol, formant un demi cercle aux pieds de la narratrice, et de moi, bien entendu, qui dans ces moments là, devenais, la plus heureuse des enfants de la terre : comme siège grand-mère m’offrait ses genoux fatigués, usés même, et comme appuie-tête : la douceur de ses bras.

Nous écoutions tous les quatre, ravis, les yeux écarquillés, ces contes qui se mêlaient parfois à une dure réalité, dans la bouche édentée de cette femme venue d’un autre temps, d’une époque tellement lointaine pour nous… "Mémère, implorais-je alors, ne raconte pas l’histoire avec les loups, j’ai trop peur après, tu en connais tellement d’autres moins effrayantes, oh ! s’il te plaît !" "Oh oui ! renchérissaient mes cousins…

Considérée un peu comme le chef de la bande que nous constituions, vu mon âge, je disposais d’un prestige important auprès de mes jeunes parents, et mes idées, mes initiatives également se trouvaient souvent adoptées à l’unanimité par le petit groupe. "Mes enfants, vous n’êtes plus des bébés, et toi Caroline à ta place j’aurais honte de ne pas mieux donner l’exemple du courage à tes cousins ; il ne faut jamais craindre la vérité, les loups en font partie. Ces animaux cruels ne sont pas sortis de mon imagination, ils ont réellement existé et mes souvenirs d’enfance ne peuvent survivre si j’en ôte les principaux témoins… ! Je me souviens, j’avais alors votre âge…L’aïeule oubliait notre présence et survolant toutes les années passées, revoyait, revivait plutôt une enfance lointaine qui se déroulait là, sous nos yeux ébahis…Ces animaux devenaient féroces lorsqu’ils manquaient de nourriture, lors des longs hivers enneigés de cette époque, les voyageurs égarés dans la nuit risquaient de devenir une proie facile et de se faire dévorer par les hordes de ces bêtes qui se rapprochaient de villages, surmontant leur crainte, tant ils étaient affamés, aussi sonnait-on "La Retraite"…

 
 

 
 
 
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