GRAND-MERE :
L’aïeule constitua bientôt mon seul refuge…Je possédais la chance immense de me retrouver sur un plan d’égalité au niveau de son coeur, oui, au même titre que mes cousins…Nous possédions tous les quatre, l’insigne faveur d’être les petits enfants de cette grand-mère, exceptionnelle, à mes yeux…..
Peut-être que je connus même le bonheur suprême d’être la première dans son affection, me trouvant la plus défavorisée, grand-mère tentait par tous les moyens d’être la présence dont le petit enfant a besoin, celle qui rassure et auprès de laquelle on accourt, afin d’être consolé de tous ses chagrins de petite fille.
Qu’auraient été ces premières années de ma vie si je n’avais pas eu le privilège de posséder Mémère à mes côtés ; près d’elle je me sentais la plus forte et la plus aimée, malgré les multiples injustices de celle que j’appelais : maman
"Mémère lui disais-je souvent, comme j’aurais aimé porter ton prénom:Véronique"
Je vénérais tout ce qui la touchait de près ou de loin, elle représentait mon univers. Maintenant que mes cousins avaient cru bon de naître dans cette pauvreté, ma tante et ma grand-mère usaient quasiment leurs yeux sur la broderie qui leur permettrait, non de nous offrir le superflu, mais de pourvoir au nécessaire que la maigre paye de mon oncle n’arrivait pas à nous fournir. Aussi, plus d’un soir, je les ai vu tirer l’aiguille et vouloir avec acharnement, terminer un feston, ajuster un ourlet, ajouter une boutonnière ,afin de rendre le travail fini le lendemain matin, et recevoir enfin, la maigre récompense de leurs yeux rougis ; Ces soirées fournissaient le prétexte à nous rassembler petits et grands dans la seule pièce suffisamment chauffée de la maison, car ne pas grelotter de froid représentait pour nous un bien-être suffisant, proche du luxe !
Dès ma plus tendre enfance tous les travaux d’aiguilles m’attirèrent et agile à la broderie, souvent ma tante me donnait un ourlet à terminer, un vêtement à surfiler et j’étais fière de pouvoir aider , cette famille qui m’avait adoptée et pour laquelle je pressentais, devenir une charge supplémentaire….
La suprême récompense je l’obtenais,lorsque son ouvrage terminé, mon aïeule me privilégiait en me disant :
"Ma chérie, grimpe sur mes genoux, puisque vous avez été très sages, lançait-elle à mes cadets, je vais vous conter une histoire…


