Quatre camarades de classe reçurent en même temps cette grâce suprême, et tous ensemble nous fûmes précipités dans un autre monde… celui des Grands. La journée, étincelante d’un soleil qui ruisselait autour de ces jeunes croyants, se mettait au diapason de notre joie ; oui, en ces heures la lumière s’accrochait de partout, et à mon regard extasié, tout s’entourait d’un halo féerique ! Pour couronner le tout, j’eus même droit à un repas de gala. Les humains manifestent toujours leur joie intense autour d’une table bien garnie, et ces contingences toutes matérielles, permettent de sublimer les bonheurs spirituels. Ma tante avait mis un point d’honneur à offrir à ses convives un menu inhabituel, afin de marquer cette circonstance. La gamine du matin, promut en ce jour : communiante, se retrouva le soir même, propulsée dans la vie et afin de bien marquer cette étape décisive que je venais de franchir, chacun m’offrit suivant ses moyens respectifs, un présent. Ces cadeaux demeurent pour moi d’une grande valeur sentimentale, même si ce ne sont que des objets de pacotille. Un livre de messe aux tranches d’or, et au papier fin comme celui d’une cigarette, dont je humais avec délices la bonne odeur de vélin neuf, me fût offert par Mémère qui me confia en me tendant son cadeau :
-Caroline, tu deviens une jeune fille à partir d’aujourd’hui, ce livre saint devra rester un ami et un confident fidèle tout au long de ton existence, et puis, il te parlera un peu de moi, lorsque Dieu m’aura rappelée à ses côtés !
La prophétie de la vieille femme se révéla exacte, aujourd’hui encore, les pages jaunies et quelque peu froissées par le temps, me permettent de revivre les jours bénis de mon enfance, aussi je garde tel un talisman le livre pieux, symbole d’un bonheur trop vite écoulé !
Monsieur François, quant à lui, m’offrit un chapelet aux grains de nacre dont je m’enorgueillissais, tant ce don se montrait exceptionnel, par sa valeur marchande et, je pensais à cette époque être devenue la propriétaire d’un objet d’une rareté incroyable. Certes, à part celui que j’avais entrevu entre les doigts de Madame François, je n’avais jamais perçu entre les mains rugueuses des autres villageois, ces grains qui provenaient, m’avait-on expliqué par la suite, de coquillages merveilleux, trouvés dans les mers très lointaines…Or le seul mot de mer, évoquait à lui seul un rêve scintillant, pour moi, qui ne connaissais pas encore cette étendue bleutée qui va, aux dires de ceux qui possédaient le rare privilège de l’avoir admirée, se perdre sous une ligne qui s’appelle horizon. Mes parents m’offrirent quant à eux, une pochette de fil, brodée à mes initiales. Tous, mes proches et amis, avaient tenu à me fournir un gage de leur affection en cette journée mémorable : qui des fruits, des bonbons, des mouchoirs…etc. Je croyais alors, que personne au village ne vivrait jamais une telle communion !
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