Oui, je l’espérais jusqu’à l’année passée, mais maintenant tout le monde ne parle plus que de conflit ; si les Allemands sont dans nos murs, comment peux-tu même imaginer que ce sacrement me soit donné ?
-Oh ! ma chérie, reprit Mémère, qui avait entendu, la guerre n’est pas encore déclarée, pour l’instant des bruits courent certes, mais peuvent persister des années, à l’état de rumeurs ! Peut-être, qu’après tout, ce désastre programmé, s’étouffera dans l’oeuf. L’esprit des adultes est fécond pour créer de telles absurdités, cette guerre toute fictive disparaîtra comme elle est venue ! demeurant seulement dans l’imagination des hommes !
-Non, je sais qu’il y en aura une ! dit ma cousine en reniflant de plus belle. Les larmes qu’elle ne contenait plus, tant sa peine l’envahissait, intense et tellement sincère ! Il faut préciser que la petite montrait depuis sa prime enfance un tempérament des plus chagrin, pour un oui ou un non, elle éclatait en sanglots, aussi, possédait-elle en permanence, un mouchoir à la main, instrument indispensable pour étancher des pleurs quotidiens… Devant ce chagrin inextinguible, je plantais là ma pleurnicheuse de cousine, qui s’était réfugiée dans les bras de Mémère.
Évidemment, à n’en plus douter, cette année marquerait un virage important dans ma vie spirituelle. La guerre, menace permanente dont nous parlions beaucoup sans trop y croire, s’estompait dans nos esprits, tant nous espérions que cette calamité s’éloignerait de nous. Ne s’habitue-t-on pas à côtoyer le danger, de le savoir si proche, nous le rend familier et bien moins terrifiant !
Ma communion qui ne pouvait être que Solennelle, ne se ternirait d’aucun présage de mauvais augure, pierre blanche, que deviendrait inévitablement cette journée inoubliable, pour l’enfant élevé dans la piété quotidienne. De la belle robe de dentelles, immaculée comme mon âme de petite fille, j’en rêvais depuis si longtemps déjà ; aussi, lorsqu’arriva enfin ce jour béni entre tous, les anges me tenaient par la main, tout flottait autour de moi, rien ne me paraissait appartenir à la réalité, Dieu marchait à mes côtés.
Dans la maisonnée, en cette circonstance, je devins l’héroïne de la fête. Mes cheveux bruns, roulés en lourds copeaux, encadraient un visage rendu blême par l’émotion, le tout auréolé d’un voile arachnéen.
-Une mariée en miniature, ma chérie, s’extasia Mémère, lorsqu’elle m’eût aidée à revêtir la toilette sanctifiée.
Dans le recueillement qui s’impose en une telle circonstance, et dont le sacré n’échappait pas un seul instant à la gamine que je demeurais, je reçus avec ferveur la sainte Hostie. Consciente de ce don miraculeux que Dieu m’octroyait, je pensais alors que ma vie toute entière s’en trouverait nécessairement transformée ! Au cours de cette cérémonie, mon enveloppe terrestre se désintégra au milieu des chants mystiques, mon âme quant à elle, véritable réceptacle s’ouvrait à ce Dieu, à qui je devais la vie.
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