A cette pensée si drôle, pour peu que la sentence s’applique à un autre que nous-mêmes bien évidemment ; en effet nous n’imaginions pas un seul instant que nous pourrions devenir la victime éventuelle, aussi, nous nous élancions vers la fête qui battait son plein, dans un immense éclat de rire.
Les flonflons du bal nous parvenaient, à peine avions nous franchi le seuil de la petite maison. Devant l’épicerie, je retrouvais Odette, l’irremplaçable amie, assise sur le banc familial, où l’été, ses parents profitaient de la douceur du crépuscule. Elle m’attendait, les yeux rivés vers notre habitation !
-Enfin te voilà, s’exclama-t-elle, je craignais que ta tante ne vous octroie pas le droit de ressortir : en cette année, peut-être la dernière, où nous profitons des distractions de la fête, cela aurait été un crime de t’en priver ! Aussi, si tu avais tardé davantage, j’aurais pris mon courage à deux mains, et serais allée lui demander.
-Tu aurais osé l’affronter, toi qui la crains tant ? et pour la remercier de son intention des plus amicales, lui plaquais aussitôt des baisers retentissant sur les deux joues.
Nous ne savions où donner de la tête, tant l’inhabituel se nichait partout : dans la salle en son plein centre, évoluaient les danseurs sur une piste de bois vernis, sur laquelle les souliers, les rustres et les bien cirés, glissaient comme dans un ballet fantastique. Nos yeux fatigués de fixer tous ces pieds qui s’entrelaçaient, se chevauchant parfois, remontaient vers le haut ; nous considérions ébahies, les couples s’enlacer maladroitement, s’essayant avec plus ou moins de bonheur, à suivre la mesure et un rythme parfois trop endiablé. Nous pouffions de rire tant le comique de la situation se révélait irrésistible…là haut, sur l’estrade, les musiciens nous émerveillaient, donnant la vie à leurs instruments de cuivre, qui nous éblouissaient, à chaque fois qu’un éclat de lumière, venait frapper le métal étincelant.
L’accordéoniste retenait bientôt toute notre attention, tant la dextérité de ses doigts effleurant à peine les touches de l’instrument, nous fascinait. Puis Odette, s’esclaffait à nouveau, me poussant du coude afin d’attirer mon regard sur les couples qui passaient près de nous, heureux d’échapper pour un soir à l’ âpreté de leur labeur. Les visages rougeauds s’épanouissaient, réjouis par cette interlude, égayés aussi, par la bière que l’on servait à profusion. La boisson débordante de mousse dans sa chope trop remplie, venait étancher la soif des danseurs, qui suaient sang et eau, après des efforts extravagants.
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