Comme je les trouvais belles ces poupées ! combien je convoitais ces animaux en peluche que je jugeais gigantesques. Les yeux écarquillés, le coeur étreint par l’émotion, nous admirions ces tireurs d’élite, suffisamment adroits, qui obtiendrait le droit suprême d’emporter de telles merveilles.
-Quel bonheur de posséder, un de ces jouets ! Regarde Odette, désignais-je alors à mon amie, qui ne me quittait jamais, celle vêtue de la robe rouge bordée de dentelles, sa capeline est assortie, oh comme j’en ai envie !
-A ton âge, tu ne vas plus jouer à la poupée, Caroline, voyons, sois raisonnable ! gronda mon amie, habituée à manipuler de telles merveilles depuis sa plus tendre enfance, et que ces figurines de bazar n’enthousiasmaient pas vraiment.
-Oui peut-être, mais connaître la seule satisfaction de la toucher, de la regarder de près…. je l’installerais sur mon lit !
Mon amie se contenta alors de hausser les épaules, désapprobatrice devant de tels enfantillages…lasse de cette admiration qui me clouait devant le stand, Odette me tira par la main, vers celui des manèges et me lança, conquise alors par l’animation qui y régnait :
-Viens, monte à mes côtés, je t’offre ce tour.
Aux anges, je m’installais rapidement face à elle, dans une de ces balançoires qui nous projetaient suffisamment haut, afin de distribuer à foison, ces frissons de terreur, que nous recherchions ! Nous ne nous en lassions pas facilement, seulement parfois, le repas trop copieux et inhabituel pour mon estomac, ne paraissait pas vouloir descendre quant à lui, et, fort mal en point, je devais convenir que j’étais malade ; chavirée par les balancelles, à ma profonde déconvenue, j’abandonnais la mort dans l’âme, cette distraction que j’adorais.
-Tu es bien pâlotte, Caroline, me fit alors remarquer Odette, tu as sûrement une indigestion, gourmande comme je te connais !
-Viens, allons voir ce que nous propose le marchand de sucreries.
Odette se révélait insatiable dans son désir de découvrir des nouveautés. Hésitante, quant à moi, je la suivais, nauséeuse, écoeurée par tout ce qui se rattachait de près ou de loin à la nourriture. Malgré ce dégoût momentané, je me laissais aller à la tentation, devant un rouleau de réglisse à la pâte satinée et combien parfumée, qui m’enjôla littéralement !
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