Venait enfin l’heure d’apprécier tous les délices culinaires qui mijotaient en cachette dans la cuisine et à la fabrication desquels je participais de plus en plus. Mémère cuisinière d’exception demeurait "le maître queux", malgré son grand âge, de toute la maisonnée.
Après "les pâtés" croustillants à souhaits, venaient une charcuterie typiquement régionale elle aussi, sa diversité nous ravissait et l’odeur nous mettait déjà en appétit. Sans compter une ribambelle de saucisses : rouge, blanche, fumée ! Toutes aussi appréciées les unes que les autres ! Luxe suprême de cette journée mémorable : un gros morceau de rôti s’offrait à nos palais ravis, s’entourant de légumes de notre potager : tâche verte formée par les haricots, flaque jaune constituée par les carottes tendres, monticule neigeux d’une purée aérienne de pommes de terre. Rien n’avait été négligé, afin que cette journée soit une parfaite réussite. Nous les enfants guettions surtout l’arrivée des desserts : crèmes de toutes les couleurs, tartes de quetsches, de mirabelles, véritables perles dorées que portent à profusion les arbres de notre Lorraine. Ces deux qualités de prunes, nous offrent après distillation, les célèbres eaux de vie du même nom, clôturant quant à elles, bien souvent le repas des adultes.
Le déjeuner, à cette occasion, s’avérait copieusement arrosé du début jusqu’à la fin, et les grandes personnes s’égayaient plus ou moins, en levant leur verre ! Mon père qui ne faillissait pas à la renommée de sa race, buvait vraiment comme un Polonais. Mon géniteur, se montrait alors très prolixe, malgré un vocabulaire relativement fort démuni, en ce qui concernait sa langue d’adoption. Il mélangeait avec une aisance stupéfiante et une liberté totale, les mots de son dialecte d’enfant avec les quelques bribes de français qu’il connaissait, bien souvent, déclenchant à son grand étonnement, l’hilarité de tous. Je le revois versant le vin, et demandant à la ronde, cette simple question : qui lui valait le surnom surprenant de "qui ka soif ?
Bientôt nos jambes fourmillaient, tant nous ressentions la hâte de nous éparpiller enfin sur le lieu des festivités, afin de goûter au maximum les joies du seul manège . A deux pas de là, nous admirions les nouvelles sucreries qui s’offraient à nos regards gourmands, dans la misérable baraque du forain, que nous considérions alors, comme la véritable caverne d’Ali-Baba !
mireille-cezard-tardy.fr



