Je pris donc une attention toute particulière à ma toilette ce jour là. Mon unique soin de beauté se trouvait être le savonnage, certes un peu rustre pour une peau délicate, mais le savon me paraissait appartenir aux soins de beauté les plus subtils- à cet âge, le traitement se révélait des plus efficace- récurée des pieds à la tête, je me trouvais en beauté : je bénéficiais d’un produit de beauté extraordinaire, j’en étais d’ailleurs intimement persuadée, le seul en possession des pauvres, la propreté s’avérant un luxe nécessaire.
Mes cheveux fraîchement lavés, se retrouvèrent bientôt coiffés en boucles soyeuses, et je contemplais dans un morceau de glace qui appartenait à ma panoplie de jeune coquette, cette nouvelle Caroline qui ne me déplaisait pas trop.
Cette curiosité que je portais à mon apparence m’avait valu de la part de ma tante de sérieuses remontrances, un jour où elle me prit le miroir à la main en train de m’admirer sous toutes les facettes.
-Caroline, une jeune fille, maintenant tu en es une, risque à force de trop se regarder, de voir se réfléchir, à la place de sa figure, celle du diable, car prendre du plaisir à son aspect extérieur, s’appelle : vanité
Aussi, tremblais-je un peu, bravant les interdits, lorsque je prenais subrepticement quelques instants, afin d’apercevoir mon reflet dans cette glace de fortune. Soulagée à chaque fois de m’y reconnaître, tant je craignais de me retrouver face à un des multiples visages, tous plus hideux les uns que les autres, du maître des Enfers !
Quel bonheur ce matin là, lorsque, entourée de mes cousins et de Mémère, je me rendis à la grand-messe, qui se devait, comme à l’accoutumée, être le prélude obligatoire à chaque grande journée. Rien ne pouvait nous rendre oublieux de nos devoirs de bons chrétiens, en fait, nous aurions éprouvé une bien trop mauvaise conscience à nous lancer dans les distractions dispensées à l’occasion de la Fête. Nous enfants, la crainte de la punition divine et celle du diable, était pour quelque chose dans cette assiduité. Mes parents arrivaient peu avant midi, juste avant de passer à table, toujours flanqués d’une ou de deux de mes soeurs que j’ignorais délibérément, depuis mes fâcheuses vacances.
mireille-cezard-tardy.fr


