Une terreur immense s’insinuait en moi, lors des récits de l’aïeule, mes bras et bientôt tout mon corps se hérissait peu à peu, de milliers de frissons, les duvets de mon épiderme se redressant, comme pour instaurer un bouclier, système de défense bien illusoire .
Alors la guerre pourrait venir jusqu’à nous ? gâcher une vie bien tranquille, et finalement dans cette hantise de la perdre, je la trouvais merveilleuse et remplie d’une multitude de petits bonheurs…Telle une rivière paisible, mon existence s’écoulait lentement depuis ma plus tendre enfance ! Aucun remous n’en était venu troubler l’ eau limpide.
Je guettais les réponses de grand-mère, j’admirais cette femme si âgée qui cachaient en elle, autant de connaissances :
-Les civils malheureusement sont aussi mêlés au conflit ; je me souviens, poursuivit alors mémère, avoir assisté, impuissante comme mes concitoyens à une horrible journée : nous étions en 1914 Les allemands qui demeuraient nos ennemis héréditaires, bien que nous possédions à cette époque, contraints et forcés, la nationalité germanique, de part la position des frontières en ce temps maudit…
-Toi ? Allemande ? je n’arrive pas à m’habituer à cette idée !
J’imaginais mal Mémère, qui n’utilisait que le "patois" de notre terroir, parler la langue de Goethe, et s’exprimer à l’aide de ces sons gutturaux, qui raclaient tant le gosier !
-Hélas, contre mon gré ma chérie, comme je te l’ai expliqué précédemment les politiciens gomment trop facilement les frontières ;sur une carte d’état major il est aisé d’éloigner ou de rapprocher à volonté une ligne imaginaire…mais à quel être humain, peut-on attribuer un autre drapeau du jour au lendemain, sans qu’il en souffre terriblement ? Le sens de la Patrie est en soi, persistant jusqu’à notre mort : l’amour ressenti pour un pays, ne peut pas être dicté par des lois, il l’est seulement par le coeur. Chaque sentiment ne peut être que pulsion…. Voilà quel était notre état d’esprit et les allemands, loin de se comporter tels des sots, connaissaient notre façon de penser. Donc un jour, nos compatriotes du moment, amènent de nombreuses charrettes de paille et les disposent de telle façon à encercler le village toute entier, nous annoncant alors :
-Si un soldat français se cache dans une de vos maisons, et, si un seul coup de fusil est tiré contre les notres, nous mettrons votre village à feu et à sang…vous voilà bien avertis !
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