Pour ce faire, ces demoiselles, toujours belles, dans la seule parure de leur infinie jeunesse, devançaient le cortège que menait la Madone, transportée quant à elle, par les épaules solides des jeunes hommes du pays.
Les jouvencelles devaient jeter sur le sol toutes leurs fleurs, afin d’éviter que le personnage céleste ne foule un espace de terre nue ; l’hommage se voulait grandiose. Aussi les rues du village se transformaient bientôt en un immense parterre fleuri, irréel.
Là, où la médiocrité de la vie se faisait cruellement sentir, la route se couvrant plus facilement à l’ordinaire, de déjections des troupeaux, se rendant au pâturage ; En ce jour de commémoration, nous flottions, sur un nuage de roses. Gens simples, dépourvus de toutes richesses matérielles, nous savions créer notre Sensationnel….
Notre seule foi, se trouvait être l’instigatrice de ces manifestations et nous étions heureux, en parfaite harmonie avec notre conscience, ne suivions nous pas à la lettre les enseignements de notre cher curé ? De mère en fille, la croyance nous était transmise, héritage irréfutable, unique legs, nous le cachions au fond de nous mêmes et le considérions tel un bien inestimable ; en cette croyance profondément enracinée, ne trouvions nous pas la panacée idéale, à tous nos maux de pauvres bougres ? Aussi, certaines questions existentielles, ne nous effleuraient même pas…nous ne cherchions pas à mettre en doute, un acquis de plusieurs siècles, cela aurait été un sacrilège impensable, comme une offense à nos chers disparus… ! respectueux de leur mémoire, nous perpétuions leurs coutumes religieuses, tout naturellement.
L’église se trouvait en terrain conquis, il aurait été mal vu, d’apporter la contradiction. Nous portions l’oriflamme des chrétiens, bien avant celui de la Lorraine, et avant celui de la France….Bientôt le drapeau que je privilégierais sera celui de mon pays.
En cette période troublée, la confiance que je plaçais en Dieu, commençait à se lézarder ; j’avais peur, mes doutes sur l’infinie clémence de l’être suprême, devenaient perceptibles….pour douter tout court.. J’apprenais au contact de la vie, cela s’appelle : Évolution.


