Les cloches s’en allant "pour Rome", le fait en est bien connu, nous remplacions ces monstres de bronze, devenus silencieux en cette période, par de modestes crécelles ; durant la semaine sainte, nous arpentions les rues du village, agitant nos instruments de bois, afin d’énoncer aux ouailles de notre cher curé, l’heure des offices…..le son discordant de ces moulinets s’agitant dans les airs, me résonne encore aux oreilles, prenant dans ma mémoire, la tonalité délicieuse de ces années là.
Pâques s’avérait être en quelques sortes le prélude au Printemps ; ma tante, comme toutes les mères du village, s’évertuait à changer nos vêtements fatigués par de longs mois d’hiver, et rallongeant un ourlet pour celui-ci cousant quelques dentelles de ci de là, apportait une note de fraîcheur et de nouveauté dans nos anciennes tenues ; parfois, nous étrennions avec bonheur, des atours complètement neufs, que nous valait bien souvent, la générosité de quelques voisines, la qualité du vêtement en question, ne satisfaisant pas, ou plus, sa propre progéniture.
Pour ces motifs futiles nous privilégions Pâques parmi les autres fêtes ; dans les bois si denses de notre province, les violettes s’offraient déjà à nos mains avides de chercheurs de trésors ; les minuscules fleurs se changeaient bientôt, en bouquets charmants que nous avions hâte de présenter à celle, vers qui aurait dû tendre toute ferveur enfantine : Maman. Quant à moi, Mémère, seule, me semblait digne de recevoir cette première offrande du Printemps ! Ne détenait-elle pas en mon coeur, la seule place ? Souvent ma main se tendait vers ma tante, mais son plaisir ne correspondait jamais à celui qu’elle prenait, à recevoir une seule fleur de la part d’un de mes cousins, sa propre progéniture…J’en souffris intérieurement, et, lorsque je devins consciente de cette différence, j’appris à retenir mes élans. Les seules impulsions que je m’autorisais, allait vers l’aïeule chérie….
Nous glissions doucement au rythme des jours qui s’allongeaient, vers ce mois si doux, le mois de Marie : MAI. Tous les enfants se réunissaient pour aller chanter "le mois de Mai" chez les habitants du village, qui en récompense de cette charmante aubade, nous dispensaient quelques menues monnaies ou des dons en nature, ne nous laissant jamais repartir les mains vides ; cette collecte présentait parfois un caractère des plus hétéroclite : poules, lapins, oeufs, beurre fabriqué à la ferme etc…se retrouvaient pêle mêle dans les chariots prévus au transport de notre récolte. Ces présents, une fois accumulés, étaient reversés intégralement au curé du village, seul juge en la matière, il conservait les denrées comestibles pour un usage personnel, quant au reliquat il en faisait profiter quelques oeuvres charitables..Le geste s’avérait parfaitement désintéressé, notre joie consistant à chanter et à évoquer avec ferveur, celle que nous vénérions : Marie.


