mardi 7 septembre 2010
Tout déplier Tout replier

 
 

Fin d’année
Au gui l’an neuf

 
En ce 1er jour du Nouvel An, nous nous rendions chez nos voisins afin de souhaiter "la bonne année" et en retour, recevions des oranges, des chocolats et des bonbons. Nos braves concitoyens connaissant notre dénuement, déployaient en la circonstance, des trésors de générosité.

Je revois encore, "Titi"(surnom de Marcel), trottiner à nos côtés : dès qu’il fût en âge de marcher, ses joues rougies par l’air piquant de l’hiver, se boursouflaient de sucreries ; ses yeux bleus, ne cachaient nullement la satisfaction évidente, éprouvée devant une telle avalanche de gourmandises, si inhabituelles !

La cueillette fructueuse, nous rentrions alors chez nous, transis par le vent glacial, qui s’amusait à nous cingler le visage, nous lançant des brins de neige qui ne manquait jamais un rendez-vous, toujours présente, elle devenait le témoin indispensable des agapes de ces fêtes…

Mais nul hiver n’aurait pu, malgré ses rudesses, nous empêcher d’effectuer notre sortie annuelle….oubliant le froid, l’humidité qui transperçait trop rapidement nos vêtements, souvent élimés, nous aimions étaler nos trésors sur la table familiale afin de comparer nos butins respectifs…ensuite, nous les cachions pour les mettre en sécurité, loin de la convoitise des plus petits, afin de les économiser et pouvoir se repaître de ces délices si rares, durant plusieurs jours encore.

Ces joyaux de pacotille, gardaient en eux, le souvenir de ces festivités, qui nous laissaient toujours éblouis et nous comptions déjà, les jours qui nous séparaient des prochaines….

La grisaille du quotidien remplaçait bientôt tout le féerique et la vie se poursuivait encore plus morne, déjà habitués à la fête, nous retombions dans l’ordinaire, comme dans un puits sans fond : Je détestais ces premiers jours de Janvier. Nous devions reprendre le chemin de l’école et les besognes qui nous incombaient ; afin de supporter le joug de l’indigence, nous recommencions à vouloir ressembler aux adultes…..pour oublier alors, que nous avions été des enfants, l’espace de quelques jours, le temps trop court de Noël !

Il en était ainsi, surtout pour moi-même ! J’avais la désagréable position d’aînée et la difficulté de chaque labeur retombait sur mes épaules encore si frêles Le Destin facétieux m’avait posée là, et il m’imposait de demeurer à une place, qui en réalité ne m’appartenait pas, en possédais-je une d’ailleurs ?

J’imaginais alors, renaître en chaque héroïne des contes de Mémère, je savais bien qu’un jour viendrait me délivrer de ce mauvais sort….L’aïeule possédait l’art de donner aux rêves, un tel parfum de réalité que toutes ces légendes, m’ont aidée à supporter la rudesse de mon enfance , me permettant surtout, d’espérer en Demain.

 
 

 
 

 
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