Nous éprouvions, tous beaucoup de peine à sombrer dans le sommeil qui nous fuyait, en cette nuit si extraordinaire.
Le fils de ce personnage très vieux , que l’on appelait Dieu, et que nul n’avait jamais vu, revivait…..En fait, c’est lui qui voulait que nous naissions pauvres, pour notre bien….peut-être que dans sa grande mansuétude, serait il capable de faire changer d’avis son Père céleste ? Ce nommé Jésus pouvait faire des miracles, Mémère le disait, aussi pourrait-il peut-être, rétablir la balance de ce destin si imprévisible, en nous prodiguant un peu de ses largesses… A maintes reprises, avais-je voulu lui parler personnellement à ce fameux Jésus, qui venait en cachette distribuer des cadeaux, mais, le sommeil, malheureusement plus rapide que mon désir de requête, l’emportait… et le matin blafard, me réveillait en sursaut, honteuse de n’avoir pas mené à terme, cette mission, consistant tout simplement à demander au Christ lui-même :
"Fais nous, Seigneur, un tout petit peu plus riche…oh seulement rien qu’un peu !"
Si souvent, j’avais préparé cette phrase, je ne prétendais pas à des richesses fabuleuses, mais seulement à un rien de bien-être, afin de ne pas fâcher son illustre père, le Bon Dieu, qui, j’en avais l’intime conviction, possédait une réelle préférence pour les humbles…et, je tenais par-dessus tout, à ne pas perdre son Amour, en ce doux temps de mon enfance !!!!
Le sommeil, vainqueur cette année encore, ne gagnerait pas le combat l’an prochain, j’en faisais le serment, il ne pourra pas m’empêcher de parler au Divin visiteur.
Le matin du 25 Décembre, les paupières encore lourdes, je me hâtais à la suite de mes cousins, afin de récupérer notre auguste trésor, identique pour chacun de nous et dont la provenance : le ciel, nous semblait évidente. Tous, alignés auprès de la fenêtre, qui les pieds nus, ou les chaussures à peine enfilées dans notre précipitation, en chemise de nuit ou pyjama, nous découvrions éberlués, les merveilles qui garnissaient notre assiette : oranges, "Jésus"en chocolat ou en sucre…aucun jouets, nous n’en soupçonnions même pas l’existence et ce terme méconnu, ne possédait aucune signification pour nous. Leur absence ne nous pénalisait aucunement, nous ne les connaissions pas….Nos humbles présents nous satisfaisaient pleinement….


