Quelle horreur, m’exclamais-je, repensant à notre propre saloir que nous utilisions chaque année, afin d’y entreposer le cochon…et imaginant les corps découpés et roulés dans la saumure, je frissonnais.
-Alors Mémère, questionna Marie-Thérèse angoissée, les yeux dilatés par la terreur,
-Calmez-vous…nous nous trouvions la nuit de la St. Nicolas…le Grand Homme vint à passer en ces lieux, et voulût se renseigner auprès du propriétaire de ce domaine, s’il n’avait pas aperçu trois enfants que recherchaient leurs parents affolés. Devant les hésitations de son hôte, qu’il perçut comme de véritables aveux, le Saint évêque devina la vérité et se fit conduire au saloir. L’envoyé du Ciel, alors, ressuscita les trois enfants.
Le premier dit : "J’ai bien dormi"
Le second "moi aussi" et le troisième s’écria" je me croyais au Paradis"
Ils se précipitèrent dans les bras de leurs chers parents qui venaient d’arriver, alertés par le Père Fouettard, qui pour une fois, était porteur de bonnes nouvelles….
-Oh Mémère que c’est poignant ! Heureusement que le Grand Saint des enfants se trouvaient à proximité de ces crimes monstrueux !
-Il connaît toutes vos actions, les bonnes comme les mauvaises..
-Mémère, l’autre jour, Odette fredonnait une chanson dont les paroles ressemblaient à l’histoire dont tu viens de nous faire le récit, est-ce la même ?
-Mais oui, en fait ce conte nous est expliqué dans une très vieille chanson régionale, et vous ne tarderez sûrement pas à l’apprendre en classe.
-Mémère, ne trouves-tu pas à cette légende quelques similitudes avec celle du petit Poucet, que tu nous as racontée l’autre soir ? Ne penses-tu pas que Papa et Maman vont essayer eux aussi de nous perdre ?
-Petite idiote, ceux ne sont que des fables, ne te soucie donc pas de cette éventualité, à notre époque les parents ne perdent plus leurs enfants volontairement…et d’ailleurs, on vous aime bien trop pour pouvoir se passer de vous, petits diables ! Allez, maintenant il est l’heure d’aller vous coucher ! Nous obéissions alors, sans mots dire, nos trésors rangés précautionneusement dans une assiette, les emportant près de nos lits, afin d’en respirer le parfum une ultime fois, avant de nous envoler vers ce pays des songes, où, seuls les coeurs purs ont accès…royaume, où tous les enfants du monde y règnent en privilégiés !


