Caroline, nous commencerons d’abord par toi, tu me parais la plus courageuse de cette maisonnée !
Et de me mettre aussitôt à genoux, tel un automate, bredouillant un peu, je parvins à grand peine à prononcer la prière que cette maudite angoisse refoulait sans arrêt, au plus profond de mon arrière gorge… -….ainsi-soit-il"
Voilà, ouf, j’y étais parvenue malgré tout, j’étais sauvée….
-Bien, ma petite Caroline, tu travailles correctement à l’école, je suis content de toi, maintenant au tour de Marie-Thérèse :
Ma cousine, écarlate, bafouilla un "Notre Père" incompréhensible, tant elle se trouvait intimidée.
-Bon, tu le sauras mieux l’année prochaine, tu es encore bien petite, la consola-t-il en lui donnant une caresse sur la joue qui, de cramoisie vira aussitôt à une pâleur extrême……
-Au tour des garçons, sortez immédiatement de votre cachette, je vous ai vu, chenapans que vous êtes : J’attends votre prière.. et, les deux gamins, pas fiers en la circonstance, ne trouvèrent qu’à rétorquer :
" nous les avons oubliées…"
-Ah ! Ah ! faut-il que le Père Fouettard vienne vous rafraîchir la mémoire ? je vous fais grâce pour cette fois, mais l’année prochaine, pas d’excuses, compris les garçons ? Les deux fautifs baissaient les yeux, honteux, dorénavant ils retinrent leurs prières. La remontrance de St. Nicolas, ayant davantage porté ses fruits, qu’une correction de son acolyte….
-Si je vous récompensais, poursuivait le Saint Homme, d’après vos mérites personnels, Caroline seule, aurait le droit à une surprise agréable, mais enfin….
Chaque enfant mis au supplice, se trouvait comme paralysé, cette prière que nous connaissions par coeur se gommait dans notre mémoire , qui nous lâchait alors ; Émotion, tu devenais la seule fautive…St.Nicolas compréhensif le devinait, aussi pardonna-t-il les lacunes de chacun, et pour nous faire oublier ces mauvais moments, il déposa dans le panier que ma tante lui avait tendu à cet effet : quelques oranges, des pains d’épice à l’effigie du Saint, parfois un paquet de figues et un autre de dattes…le tout, bientôt distribué à chacun d’entre nous, avec parcimonie certes, mais justice, par ma tante….
-Oh ! m’exclamais-je, émerveillée par toutes ces douceurs qui arrivaient directement du ciel, et qui devenaient mon bien personnel : une richesse à nulle autre comparable !
-Nous devons partir, reprit St. Nicolas, après nous avoir observé en silence, lors de la distribution des cadeaux ; nous possédons sur notre liste, un si grand nombre d’enfants à visiter, et la nuit s’écoule si rapidement !


