Enfin, une clochette tintinnabule dans la nuit glacée, figés, nous scrutons la porte d’entrée, j’appelais encore mémère au secours, tremblante d’émotion :
-Mémère,vite, dis-moi, que devrais-je faire quand ils seront là, demandais-je affolée à l’aïeule amusée….
-Rien de bien particulier, St. Nicolas te demandera sûrement de réciter une prière, avant de te donner en juste récompense de ta sagesse, quelques friandises !
-Et si je ne la sais plus ? si je l’ai oubliée…interrogeais-je terrorisée
-Alors, tu devras rendre des comptes au Père Fouettard lui-même ;
-Oh, va-t-il m’emmener en enfer ?
-Mais non rassurait alors mémère devant mes craintes…il te donnera une petite fessée ; et l’enfant que j’étais, de supplier le ciel avec toute la ferveur de ses 6 ans.
-Mon Dieu, je vous en conjure, aidez-moi afin que je me souvienne de ma prière….
Un bruit de pas qui s’arrête devant chez nous, la porte s’ouvre, les voilà enfin : Le Grand St. Nicolas pénètre le premier dans le pauvre logis ; éberlués par ces visiteurs de l’Au-delà, nous ne bronchions pas, comme pour me donner un peu de ce courage qui diminuait au fil des minutes, je regardais autour de moi, à la recherche de mes cousins, ils avaient disparu…..bientôt j’aperçus Marie-Thérèse, dans un coin de la salle, que la lumière épargnait et laissait dans une pénombre rassurante ; pas de garçons, où se trouvaient-ils donc, ces grands courageux ?….un grattement, en provenance de dessous la table, me désigna la cachette de nos deux froussards !
Je demeurais donc seule, devant les envoyés du ciel, pétrifiée par l’émotion ; comme St Nicolas était beau ! impressionnant dans son habit immaculé, surmonté de sa mitre, immense bonnet d’or, symbolisant sa charge d’évêque ; pour l’aider à marcher, vu son grand âge, il s’appuyait sur une crosse étincelante. Mémère m’avait bien expliqué que ce bâton magique, évoquait le rang que ce grand personnage occupait dans l’Église ; mais je pensais à ce moment précis que cet objet devait servir d’excellente canne à ce vieillard majestueux…il venait de tellement loin, la route avait dû être si difficile, avec la neige qui tombait en bourrasques cinglantes ; le vent sifflait si fortement à travers les volets, cherchant à s’infiltrer dans la tiédeur de la pièce, par les interstices disjoints, et j’imaginais facilement, la virulence de la froidure, en cette nuit de la St-Nicolas.
Mais lui, notre bon Saint, quitterait bientôt cette moiteur, pour s’élancer dans la tourmente , au devant d’autres enfants, tout aussi anxieux de sa venue, que nous, nous l’avions été précédemment ; je me le représentais, le coeur en peine, luttant contre les éléments, sur une route rendue dangereuse par le gel…mais l’autre personnage qui se trouvait à ses côtés, me ramena bientôt à la réalité de l’instant,et, je frissonnais. Ah ! c’était donc lui, ce vieillard sinistre, tant redouté des polissons ; son costume, quant à lui, se révélait aussi dépouillé et gris que son visage, seule une très longue barbe blanche, lui servait d’ornement, tel m’apparut ce Père Fouettard, tant abhorré de nous tous !


