mardi 7 septembre 2010
Tout déplier Tout replier

 
 

Un lieu de vie
Mon cher village, tu trottes encore dans ma mémoire, chers souvenirs…….

 
L’été, j’aidais Monsieur François aux champs, je retournais le foin à l’aide d’un râteau gigantesque, pour mes bras trop courts. Le lourd soleil du mois d’août rendait le travail titanesque….les gouttes de sueur coulaient sur mon visage, mais d’un revers de manche, imitant les adultes qui me côtoyaient, je les balayais afin que nul ne remarque, ma faiblesse d’un instant, et ne m’envoie me reposer.

Je savais, ne me l’avait-on pas répété mille fois déjà, que la vie était difficile lorsque Dieu a souhaité que l’on naisse démuni !

Ne me fallait-il pas gagner de cette manière, le droit de devenir plus tard une grande personne ?

J’en rêvais, d’être enfin adulte, mais je me conduisais comme l’enfant que j’étais :quelle joie de gambader sur les tas d’herbes fraîchement coupées, aux senteurs si parfumées…depuis, les prés sur lesquels le foin gît mortellement coupé, exhalent l’odeur de toute mon enfance à jamais perdue, et ces effluves fugitives, me ramènent en ces temps….

Je me hissais au sommet de cette montagne d’odeurs où se mêlaient les fleurs fanées, fauchées en pleine floraison, souvenir de l’été qui s’effilochait : trônant du haut de ce piédestal si fragile, je devenais alors, Reine d’un monde merveilleux et dans cet attelage, je pénétrais dans le village, voyant défiler à mes pieds griffés par les chardons, les modestes paysans..mes sujets…mon imagination débordait, et sa fertilité, permettait de m’échapper à tout instant, d’une réalité parfois trop cruelle, pour la gamine à la sensibilité exacerbée…

Les fantasmes m’aidaient à oublier que je ne posséderai jamais une jolie bicyclette comme Odette, et mon coeur saignait devant tant d’injustices : cet objet représentant pour moi le summum des richesses. Mon rêve se poursuivait alors, suivie de mille serviteurs dévoués à mes moindres faits et gestes, la charrette n’amenait enfin, jusqu’au grenier, où il fallait rentrer le foin pour l’hiver.En nivelant ce tapis moelleux, je m’écorchais souvent les mains et la douleur trop vive, m’arrachait une larme…les valets avaient disparus, plus d’illusions, la vie griffait une fois de plus mes illusions, par tant de rudesse… Les blessures causées par les chardons me ramenaient à un labeur trop pénible pour la gamine, pas débarrassée tout à fait de l’insouciance de son âge…..Mais je serrais les dents…..

Heureusement, le village était rempli d’objets provenant d’un autre monde, d’une autre époque. J’utilisais pour mes promenades, un moyen de locomotion qui rejetait dans l’ombre l’automobile : en effet, le grand-père d’une de mes camarades de classe possédait une calèche, que tirait un bon gros cheval de labour….j’oubliais le pauvre attelage et la vétusté de la carriole pour me laisser entraîner dans un pays extraordinaire. Mon imagination se donnait libre cours et le fantastique d’une heure passée dans une telle promenade n’avait pas de prix.

La circulation des véhicules ne gênait personne, en effet dans le village nous comptions en tout et pour tout seulement deux automobiles, aussi, la pollution n’existait-elle pas encore. Nous avions beaucoup de succès lorsque note équipage archaïque passait à travers le bourg, mais peu m’importait, quel bonheur, juchée sur la banquette de ce moyen de locomotion désuet, mon amie et son grand-père en guise de cocher, devenions les voyageurs d’un autre siècle : je humais l’air parfumé du printemps où se mêlait souvent l’odeur nauséabonde d’un tas de fumier, que les paysans disposaient devant leur demeure. L’ensemble reconstituait une senteur familière à notre odorat et je l’aimais tout particulièrement, car c’était celle de mon village….

 
 

 
 

 
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