mardi 7 septembre 2010
Tout déplier Tout replier

 
 

Et Dieu ?
Dieu ? question fondamentale

 

Une question me démangeait la langue depuis plusieurs jours, primordiale elle aussi :

-Mémère, pourquoi sommes nous si pauvres ?

Sans hésitation aucune, me lançant un regard taquin, grand-mère que je harcelais sans cesse, afin qu’elle me donne des réponses sur mes multiples ignorances, répondit :


 Dieu l’a voulu ainsi !

Heureusement qu’il existait celui-là !

Notre piété nous aidait oh ! combien à supporter le fardeau de cette misère, qui collait à nos pas, et pour entretenir cette ferveur, indispensable en nos coeurs, le Dimanche s’avérait vraiment être : le Jour du Seigneur.

LE JOUR DU SEIGNEUR : L’office religieux ouvrait cette journée de repos hebdomadaire qui devenait et pour cause la plus fameuse de la semaine.

Afin de pouvoir visiter le Seigneur, il était de bon ton, pour lui faire honneur, de ne pas porter les vêtements ordinaires, trop usagers et combien disgracieux, dont nous étions vêtus les autres jours. Ma tante nous habillait alors, le plus élégamment possible, se faisant un devoir de nous envoyer vers notre hôte divin, dans nos plus beaux atours. Même les pauvres , disait ma mère adoptive, possèdent de l’amour propre et, elle, en ce qui la concernait, le nichait dans notre apparence vestimentaire.

Faut-il préciser que pour la "grand-messe", tout le village se trouvait réuni. Aucune absence ,aucune négligence n’aurait pu échapper à l’oeil acéré des commères du lieu, qui, comme chacun sait, prennent d’assaut les meilleures places, sur les bancs des églises !!!! Ces vêtements endossés chaque dimanche matin avec une grande solennité, se devaient de rester neufs des années durant. Aussi, comme nous grandissions malgré tout, ils devenaient vite trop courts et étriqués. Les cadets héritaient alors de ces tenues devenues trop justes pour leurs aînés. De la vigilance de ces derniers, dépendait l’élégance de ceux qui avaient eu la malchance de naître après eux….

Une fois l’office dominical terminé, afin d’économiser au maximum notre tenue d’apparat, nous reprenions notre tablier et replacions dans l’armoire qui fleurait bon l’encaustique, cette apparence quelque peu râpée, ce bien-être que nous empruntions seulement, le jour béni, et qui ne dupait personne : tout le village, sans exception, connaissait fort bien notre dénuement.

Combien de souvenirs, elle représente en mon esprit, cette petite église où nous tentions d’élever nos âmes près de ce Dieu, qui voulait que l’on soit indigent ; il paraîtrait même, d’après ce que j’avais entendu : que plus nous nos enfoncions dans la misère, plus son Amour se révélerait immense ;

Évidence que je ne comprenais pas très bien, mais que ma naïveté d’enfant acceptait. Cependant, au fil des années qui s’écoulaient, ma raison, qui se développait proportionnellement à ma taille, s’y refusait de plus en plus. Je le trouvais cependant tellement beau ce Christ, sur les reproductions qui tapissaient les murs de cet édifice, il possédait un air si doux, les mains tendues vers nous.

Pourtant, parfois, lors d’un prêche dont les paroles sibyllines échappaient à mon esprit juvénile et l’ennuyaient à dormir….je me laissais distraire par toutes les fresques qu’un vieux curé, avait peintes avec un talent incontestable ; nullement reconnu, seulement guidé, à n’en pas douter, par une piété incommensurable, tant les murs en étaient imprégnés.

Comment ne pas se laisser emporter auprès des anges, par un tel enthousiasme ! Ces images parlaient…j’en oubliais de prier, ce qui me valait bien souvent à la sortie, de sévères réprimandes de la part de ma tante, à laquelle, rien ne pouvait décidément échapper…un vrai gendarme !

Dans tous ces personnages bibliques qui dardaient leur regard sur moi, je reconnaissais peu à peu, des voisins, des amis, habitants de mon village, que le bon curé avaient choisi pour modèle. Comme je regrettais de ne pas avoir été de cette époque et de n’avoir pu poser pour les murs de notre chapelle, vêtue d’une robe couleur de soleil, les cheveux auréolés d’étoiles, lançant des fleurs ; pourquoi ne pas être un de ces angelots, aux joues rebondies et au sourire moqueur, qui soufflaient dans des trompettes d’or… !

Je m’imaginais aux côtés de tous ces enfants aux regards heureux, entourés d’une multitude de saints, posés au niveau de Dieu et de tous ses apôtres, quel honneur ! Parfois même, je me surprenais à commenter à haute et intelligible voix les peintures murales :

-Oh la grosse Marcelle, si laide aujourd’hui, comme elle était belle alors ! -Tu veux bien te taire, pour l’amour du ciel, tout le monde te regarde, chuchotait mémère, les yeux plissés encore davantage qu’à l’accoutumée, afin de bien me montrer sa désapprobation.

Le Dimanche à Guermange :

Comme j’aimais et appréhendais tout à la fois cette journée dominicale. Mon oncle profitait de ce temps de liberté pour se rendre au café, seule distraction pour les hommes du village qui s’y rendaient en petits groupes, à "tire d’ailes", la messe terminée, ayant à peine laissé notre bon curé prononcer son "Ite missa est" libérateur.

 
 

 
 

 
Accueil     |    Plan du site     |    Espace rédacteurs     |    Se connecter