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mardi 7 septembre 2010
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Une Rentrée mémorable
Un évènement : la Rentrée des Classes en l’année 1932

 
L’hiver dans l’est, avec son climat au caractère continental, se montre fort rigoureux et sa dureté ne nous épargnait pas ses morsures cruelles. Mais ce matin fameux, l’automne et sa grisaille ne comptaient guère pour moi, une seule préoccupation m’importait :aujourd’hui, j’allais à l’école, je découvrirai bientôt cette maison mystérieuse dont on m’avait interdit l’accès jusqu’à présent.

Cette journée mémorable compterait pour la première d’une longue série, toutes identiques dans leur déroulement.

Je me retrouvais seule dans la cuisine, étant l’aînée, j’avais la suprématie, immense à mes yeux, de pouvoir avant mes cousins, percer le secret du fameux sanctuaire, et, je sentais un orgueil démesuré enfler ma modeste personne… !

Ils allaient tous enfin me prendre en considération, je devenais forcément quelqu’un d’intéressant, j’aurai une foule de réponses à fournir aux questions que ne manqueraient pas de me poser mes cousins si curieux.

Mais avant de m’occuper de la nourriture de l’esprit, la faim me tenaille….

Ce qui faisait notre quotidien : UNE MAIGRE PITANCE

Je vidais d’un trait le grand bol de café au lait dans lequel j’avais comme à l’accoutumée, trempé une tranche de pain sec. Pour la récréation de 10 heures, ma tante m ’avait autorisé à prendre le même menu, agrémenté d’un luxueux morceau de sucre, douceur qui me permettrait d’avaler plus facilement la mie caoutchouteuse et la croûte bien trop coriace pour nos dents de lait….qui plus d’une fois d’ailleurs, finissaient leur vie, plantées dans ce pain que ma tante confectionnait une fois par semaine. Le premier jour, quel régal, mais le troisième, la fraîcheur ne demeurait déjà plus qu’un souvenir !

Tous les jours d’école à venir, aux récréations du matin et de l’après-midi, je déballerais invariablement la tranche de pain, accompagnée immuablement de l’éternel morceau de sucre.

En cette journée inoubliable, je reçus, suprême récompense, mon premier livre, à l’aspect déjà fatigué, pour être déjà passé dans de nombreuses petites mains, mais je regardais néanmoins, émue, la couverture égratignée. J’ouvrais délicatement le précieux volume, lissant les coins cornés, et regardant avec avidité les images qui s’y trouvaient. Je m’appliquais à suivre tant bien que mal les explications du Maître.

A la récréation de 16 heures, je déballais mon maigre goûter ; j’aperçus quelques privilégiés, sortir de son papier d’argent, une barre de ce chocolat si rare à la maison ;luxe extrême, certains exhibèrent une pomme à la peau étincelante, tant ce fruit avait été frotté, afin de lui donner un lustre optimal.

Mon regard brillant de convoitise parlait pour moi, et ma camarade ,fille d’épicier, me permit de mordre dans la pulpe moelleuse de ce fruit divin. Ma gratitude était sans bornes…..

Si le premier jour avait été fabuleux de par sa nouveauté, les autres se déroulèrent tout au long de ma vie scolaire, identiques sur le plan de la nourriture… du petit déjeuner au goûter, pris dans la minuscule cour de l’école, ma faim se révéla toujours aussi tenace ; jamais satisfait par la maigre pitance, mon estomac tiraillait trop souvent. En effet, les repas de midi et du soir se composaient la plupart du temps, de pain bouilli, au nom pompeux de panade ou pour varier quelque peu, nous mangions des pommes de terre en robe des champs ; quant à la viande, met trop coûteux, elle se trouvait exclue de nos repas .Aussi, le dimanche, lorsque nous pouvions goûter à un morceau de lard ou à une saucisse qui provenaient de ce cochon, que nous engraissions à longueur d’année, à l’aide des restes, c’était la Fête.

Toutefois ,notre menu de gala se composait de crêpes, oeuvre culinaire de mémère, qui connaissait nos faiblesses, et ces pellicules de pâte, si fines que l’on y voyait le jour à travers, constituaient pour nous, un régal incomparable. Notre boisson restait invariablement l’eau, les parents quant à eux, s’octroyaient avec parcimonie un peu de vin le Dimanche ;

Heureusement le plaisir d’apprendre me fit oublier bien souvent les crampes d’estomac. Mémère n’avait pu résister au plaisir de me voir sortir de classe, en ce premier jour, inquiète pour moi ;si j’étais déçue, moi, qui y avait mis durant toute ma petite enfance, les plus grandes espérances ; aussi , la vieille femme m’accueillit en ces termes, où perçait une anxiété à peine dissimulée :

 
 

 
 

 
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