Ne pleure plus Caroline, tu recevras très vite de mes nouvelles, aie confiance en moi et en notre avenir. Nous possédons la vie devant nous, et puis, ne me l’as-tu pas toi-même certifié, Dieu est notre allié dans cette bataille ?
Rassérénée par ces paroles qui se voulaient réconfortantes, je rentrais à la maison sans me retourner, les joues en feu pour avoir trop pleuré, et, sans mot dire, je m’élançais dans ma chambre, afin d’y cacher mon immense chagrin.
Le lendemain, à l’aube, debout bien avant toute la maisonnée, je me trouvais sur le bord de la route afin de pouvoir jeter un dernier regard à l’être tant aimé. Après un dernier signe de la main, je vis bientôt s’éloigner de notre village, le car, qui dans sa fuite vers l’horizon, ne resta à ma vue qu’un point minuscule. Bientôt mes yeux le perdirent définitivement, avec lui s’en allait mon premier amour que je pensais être l’unique à jamais ! Il emportait vers l’inconnu, cet homme, qui pareil à l’arc-en-ciel éphémère, avait illuminé, le firmament si gris qu’était ma vie ;
La journée promettait d’être estivale, déjà un soleil indécent, dardait ses rayons goguenards, éclaboussant mon chagrin. Au plus profond de mon être, une tempête, aux lames de fonds, combien dévastatrices, créait des dégâts irréversibles. Le sentiment, que je venais de vivre, avec l’intensité et la spontanéité de mon adolescence, reste unique par sa fraîcheur, inoubliable même, bien au chaud dans le nid douillet de mes souvenirs ! Petit oisillon que je dorlote vainement, puisque jamais il ne parviendra à un âge adulte. Ce départ, qui me laissait un grand vide, sauvegardait toute fois, un bouquet d’espérances ; j’invoquais la bonté divine sur nous deux, je priais très souvent, cherchant un réconfort auprès de l’invisible, qui nous ayant liés, ne pouvait nous reprendre un tel don : aussi je comptais sur lui pour nous réunir et je mis toute ma foi en Dieu, si plein d’Amour !
Les jours qui suivirent se traînèrent en longueur, et j’en oubliais, que nous rentrions dans cette période bénie des vacances d’été. Tous les enfants l’attendaient avec une si grande fièvre, l’évidence m’apparut soudain : j’avais dépassé le stade de l’enfance, disparue à jamais la fillette d’antan ! Éros, le Dieu joufflu, m’avait précipitée dans un tourbillon délicieux, au sein d’un monde d’adulte ; il m’offrit mes premières joies de femme, et m’accabla bientôt, me retirant tout le bonheur entrevu ! Mais n’est-ce pas la balance de la Vie ? une pincée de bonheur, pour une pincée de chagrin ?


