Bien sûr que non, quoique la plupart des Polonais arborent une crinière du ton le plus clair, mais l’ignorance de ces petits garnements qui te cherchent des histoires, est encore grande !La Pologne est le pays natal de ton père, belle contrée d’ailleurs, et ne prends pas cette appellation telle une insulte personnelle.
J’entendis alors ma grand-mère grommeler des mots inintelligibles dans son patois natal, où je percevais pour la première fois : racisme, intolérance…..
-Que dis-tu Mémère, je ne comprends pas ce que tu marmonnes et je n’aime pas quand tu parles en Allemand…
-Ce n’est pour ta gouverne, aucunement l’allemand, lança l’aïeule, piquée au vif, c’est la langue de mes ancêtres, "le patois lorrain"…certes guttural, comme la langue de nos voisins….mais en priorité, la langue de mon coeur….
Je reprenais, ne lâchant pas le sujet qui me taraudait… -Pourquoi mon père est venu habiter la France ? Toutes mes questions agaçaient la vieille femme, la mettant mal à l’aise, je le sentais bien, mais les enfants ne s’embarrassent pas de tels scrupules..
-Pourquoi, pourquoi ? toi et toutes tes questions ; tout simplement parce que la Pologne est très pauvre et le travail manque à ses habitants, aussi ont-ils le courage de s’expatrier, de quitter leur famille, leurs amis…de plus ton père, Caroline est un réfugié politique, chassé de chez lui, pour des idées subversives exprimées en public. Il a préféré vivre las misère dans un pays libre : la France !Tu comprendras plus tard la valeur de ce mot pour un être humain, Liberté !…si j’avais su….et mémère de continuer :
-N’aie pas honte d’être polonaise, peut-être as-tu au contraire une raison d’en être fière !Crois moi, c’est un peuple courageux, il l’a démontré dans l’Histoire….De plus, tu es plus jolie que tous ces sales marmots crottés qui t’ennuient….
Rassérénée par ces quelques mots, je me les remémorais, à chaque fois que quelqu’un me lançait au visage comme une insulte ce : "Polack", je répondais par le silence. Au fond de moi-même j’étais fière d’appartenir à ce peuple…Mémère l’avait dit……certifié même, or, tout ce que ma grand-mère expliquait, s’avérait toujours être las vérité, aussi, je n’avais aucun doute…sa justification me convenait…bien que certaines lacunes me tourmentent encore, entre autres ce mot que je n’avais pas compris, ressemblant à racisme, que signifiait-il donc ? Son sens obscur m’échappait, aussi m’inquiétait-il doublement. Malgré tout, je n’éprouvais plus aucune crainte à affronter les enfants du village, qui se lassèrent d’ailleurs vite, devant mon indifférence.
Je possédais déjà une grande amie, en la personne de la fille de l’épicier, du même âge , nous partagions les mêmes jeux : elle s’appelait Odette, et marquera à jamais ma prime enfance. Je me sentais ainsi plus courageuse pour affronter les Autres. A nous deux, riches de notre amitié, nous pouvions affronter le monde entier…..
LE JOUR DE LA RENTRÉE, ENFIN ! :
J’avais 6 ans, en cette fin d’été 1932.
Le premier matin de classe, la corvée qui consistait à aller quérir de l’eau au puits, éloigné de notre maison d’une centaine de mètres, me fût légère En effet, nous ne possédions pas l’eau courante à cette époque, aussi, ne pouvant ramener le seau plein, vue ma petite taille, je le remplissais seulement au quart, en ayant bien soin de ne pas trop en gaspiller dans le trajet. Ces voyages fatiguaient beaucoup la petite maigrichonne que j’étais restée ; Une fois l’eau si précieuse ramenée à destination, je la transvasais précautionneusement dans une cuvette, qui demeurait en permanence à un endroit bien précis de la cuisine, faisant office d’évier, et je commençais à me laver.


