Serments mille fois noués dans l’amour de l’instant présent, combien ont-ils résisté à la séparation ? Chaque pas qui l’éloigne, diminue d’autant, la fougue de la passion, de cet homme ou de cette femme, qui se voulaient liés dans le temps, et que la distance à elle seule, a réduit à néant.
-Ne dis pas de telles sottises, nous, notre amour survivra, rien ni personne ne pourront le briser.
-Ne parlez pas ainsi, eus-je la force de rétorquer, nul ne connaît l’avenir et le notre s’annonce fort sombre. Comment vivre maintenant, sans la présence aimée ?
-Caroline, tout d’abord, puisque nous n’aurons plus guère l’occasion de commettre de bévues devant les autres, et que tu ne risqueras plus de tutoyer l’ instituteur sans craindre de dévoiler notre doux secret à tout le village : Dis moi tu maintenant.
-Tu as raison, hoquetais-je dans un sanglot
-Tiens petite chérie, me dit-il tout en me tendant un paquet minuscule, sans autre commentaire.
Je déballais, les mains tremblantes, le présent de Robert, cadeau d’adieu ! Cette seule pensée ne fit que redoubler mon chagrin, le visage noyé de larmes, reniflant tout comme l’enfant que je restais, malgré cette peine démesurément grande, comme seul un adulte peut en éprouver.
Soulevant, le coeur ému, le petit couvercle de carton bleu, je découvris enfouie dans un écrin de satin blanc, une bague ; la plus belle qu’il ne me fût jamais donnée d’admirer, s’offrant à mon regard émerveillé ; ne demeurerait-elle pas dans ma mémoire attendrie, mon premier bijou de femme ! Un petit anneau d’argent que surmontait modestement une perle écarlate. Je ne savais aucunement à cette époque, reconnaître une pierre vraie, d’une imitation, mais à cet instant précis, je crois qu’aucun diamant aux mille feux n’eût représenté à mes yeux une valeur aussi précieuse !
-Mets la, petite Caroline,
-Non, toi, passe la, à mon doigt !
Et Robert de glisser à mon annulaire ce symbole, gage d’amour, un peu comme une promesse de retour et un serment pour l’éternité !
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