Me ravisant devant son air dépité, je rajoutais :
-Enfin, je trouverai bien un moyen.
Amoureuse, dans toute l’acception du terme, comme je l’étais, j’inventais facilement un prétexte afin de retrouver l’objet de cet amour que je jugeais unique et qui me dévorait déjà des feux de mille tourments.
-Ma tante, ce soir, je dois aider Monsieur François, je rentrerai assez tard.
D’habitude, je ne passais pas pour une menteuse, aussi, me croyait-on, d’autant plus aisément, et, je courus, les pieds ailés, jusqu’à ce premier rendez-vous, folle de joie à l’idée de voler quelques instants, seule avec lui.
Sa rentrée dans ma vie remontait bientôt à huit mois et maintenant, il s’y installait ! Trop timide, mon galant ne m’avait encore jamais demandé à le rencontrer ailleurs que dans la salle de classe ou dans l’enceinte de la cour de récréation, au milieu des piaillements des plus petits, qui, souvent nous encerclaient dans une ronde, afin de nous entraîner dans leurs jeux.
Nous arrivions au mois de Mai, le crépuscule tombait doucement, recouvrant peu à peu le village d’un voile de mystère qui rendait complice la nature d’alentour ; la journée ensoleillée, traînait encore derrière elle, un sillage de parfums, où se mêlaient mille odeurs champêtres !
Quelle douceur, ces instants trop courts déversèrent sur ma vie si dépouillée. L’heure s’inscrivait sur le mot bonheur, il était là,il m’attendait !
-Ma chère Caroline, tu as pu te libérer, comme je craignais que tu aies un empêchement.
Je le vis fouiller dans la poche et en ressortir assez gauchement, un modeste paquet enrubanné, qu’il me tendit, bredouillant, rouge de confusion : -Je t’ai apporté un parfum d’Houbigant, afin que tu puisses te souvenir de ce jour, notre premier vrai rendez-vous ! Consciente de la solennité de l’instant, je pris le présent, avec d’infinies précautions, grave, je déballais cette merveille.
Je recevais mon premier parfum, inestimable pour la gamine que je demeurais, même si toutes les fibres de mon être aspiraient à paraître une femme ! Peut-on réellement en devenir une, dépourvue de ces senteurs immatérielles qui l’auréolent et qui, même partie, vous la rendent encore plus présente.
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