Toute cette joie, quelle indécence dans ces temps troublés, à mon grand soulagement personne, à part mémère, ne s’aperçut de cette mutation si rapide, quasi magique : la gamine d’hier, devenait une femme capable de passion.
Lorsque je pris place, tremblante, sur le banc de l’école, je guettais l’élu de mon coeur et, au sourire qu’il me lança tel une fleur, je sus que lui aussi avait été atteint par la grâce que prodiguait généreusement Cupidon…merci mon Dieu ! Je rendais grâce à notre allié, sans la bénédiction divine, rien n’aboutissait et dans ma croyance pleine de superstitions, je me devais de ne pas l’oublier un seul instant, sinon il m’en tiendrait rigueur et nous punirait cruellement. Ce Dieu que l’on disait amour, m’inspirait une crainte terrible ! Je le souhaitais à mes côtés afin qu’il préserve le seul trésor que je connus : ce sentiment à peine éclos qui avait transformé ma vie. J’avais demandé pour nous deux, la protection de ce personnage incontournable.
Qu’il fût pur notre attachement, comme seuls peuvent le ressentir des enfants, dans toute l’exaltation de leur âme, à la recherche d’un idéal.
A la récréation ce jour là, Robert m’interpella :
-Caroline, tiens, pour toi !
Je regardais éblouie la tablette de chocolat qu’il venait de me glisser dans la main, cette friandise à l’époque de privations que nous vivions, représentait un cadeau somptueux, pour ne pas dire royal ! Je murmurais un craintif merci et me souriant, alors que mes yeux se perdaient dans les siens, il insista :
-Tu n’en goûtes pas un morceau ? -Oh si bien sûr, et ayant ôté de son enveloppe d’aluminium, une barre de cette offrande brune, je la portais à la bouche dans un véritable recueillement ; ayant pris soin de replier le reste dans le papier d’argent, avec d’infinies précautions, comme un trésor, véritable talisman, puisqu’il m’avait été offert par Robert. La friandise prenait une saveur nouvelle, en fondant sur ma langue, mon plaisir se révéla être moins intense que d’ordinaire, la gourmandise passait-elle, elle aussi, en arrière plan ; j’en déduisais que Robert, était ma priorité, ravalant toutes les autres sensation, à un degré inférieur ! Bientôt les heures passées ensemble en classe, au milieu des autres, ne nous suffit plus. Aussi, un certain soir à la sortie, prenant soin de ne pas être entendu par une oreille indiscrète, il me lança dans un doux murmure : -Caroline, j’aimerais te parler ce soir, peux-tu m’accorder quelques minutes à la tombée de la nuit, je t’attendrai derrière le mur du château, viens je t’en supplie !
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