» EN PASSANT PAR LA LORRAINE (1ère Partie) » Histoire d’antan
 
mardi 7 septembre 2010
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Histoire d’antan
Mémère raconte :

 

"C’est quoi Mémère la Retraite ?

-Toutes les nuits, les cloches sonnaient à minuit, afin que les personnes ayant perdu leur chemin dans la neige, puissent se guider d’après le son venu du village ; les forêts chez nous, sont si denses qu’il est coutumier de s’y égarer, même pour un habitant de nos régions.

Parfois, lorsque nous étions couchés, nous entendions gratter aux volets de notre habitation, je tremblais d’épouvante, sachant les loups à quelques centimètres de moi ; et oui, mes tout petits, c’étaient bien eux, affirmait-elle devant nos yeux étonnés et quelque peu dubitatifs :

…pour étayer cette hypothèse, Mémère rajoutait :" les hurlements plaintifs des animaux à l’estomac vide, cherchant une proie, m’arrivaient aux oreilles et je m’enfouissais alors la tête sous les couvertures afin de ne plus rien entendre. Dans ces moments là, je glorifiais le ciel, de me trouver dans un abri sûr et non dans le froid vif, à la merci des loups et de tous les dangers, que la nuit profonde de l’hiver peut dissimuler comme pièges, pour la petite fille sans défense que j’’étais…ces soirs là, mes prières n’en finissaient plus, et ma ferveur grandissait, d’autant que ma peur avait été importante :

-Non Mémère, j’ai bien trop peur moi aussi, ne parle plus de loups… lançais-je alors, glacée de terreur à la simple évocation faite par la vieille femme ;

-Ma chérie, ils sont tous morts à l’heure qu’il est, et quand bien même, s’il n’en restait qu’un seul, il n’oserait pas s’aventurer au coeur du village…Ici vous vous trouvez en sécurité.

-Tu crois Mémère ? demanda Roger, tremblant de la tête aux pieds ; les deux défauts prépondérants de mon cousin : la peur et la gourmandise, qui lui restèrent d’ailleurs ; aussi j’en ai déduit qu’un enfant, adulte en miniature, gardait toute sa vie les mêmes traits de caractère, les polissant seulement un peu au contact des évènements de son existence…ce que l’on appelle : Évolution…. Peut-être mésestimons-nous trop, la nature profonde de l’enfant, croyant qu’elle changera pour muer complètement : or, l’adulte décuplera seulement, les forces du bien ou du mal, qu’il porte en lui dès la naissance. Certes l’enfant possède un terrain malléable, souvent modelé par son entourage, mais nul ne pourra jamais gommer complètement sa nature initiale… Peut-être devons nous supporter ces caractères et les prendre comme une tare ou une bénédiction, reçues de nos ancêtres ou peut-être de nos vies antérieures !

Aujourd’hui, lorsque je revois mes cousins, je retrouve à travers leur apparence d’adultes, cette âme d’enfant qui ne meurt jamais….

Voyant l’inquiétude générale peinte sur nos frimousses, Mémère nous lança moqueuse :

-Bon, j’ai pitié de vous petits froussards !Assez parlé ce ces bêtes de malheur pour aujourd’hui. Je vais tenter de dissiper le malaise qu’ils ont crée dans vos esprits et pour ce faire, vous conter une autre aventure qui remonte elle aussi, à l’époque de mon enfance. Afin de bien vous démontrer que dans une vie aussi longue que la mienne, le bon et le mauvais se côtoient, pour former un tout, qui donne : les souvenirs. Oubliant subitement mes craintes, mon amour pour les animaux reprit le dessus et je m’enquérais aussitôt auprès de l’aïeule à qui je coupais la parole, avide de savoir :

-Mémère, pourquoi ont-ils tous disparu ?

-De qui parles-tu Caroline ?

-Mais des loups bien entendu !

-Je croyais que tu voulais, toi pour la première, oublier ces animaux terrifiants ?

-Certes, je les crains, mais je suis certaine qu’ils ne pouvaient être foncièrement cruels, ils le devenaient par faim, peut-être, pour nourrir leur famille, eux aussi ?

-Oui, tu as raison mon enfant, je suis fière de ton raisonnement, seule l’obligation, rendait les loups féroces, alors que les hommes eux n’ont pas besoin de se donner des prétextes..Enfin ceci est une tout autre histoire…Pour en revenir à ta question précédente Caroline, je peux t’assurer que les chasseurs les ont exterminés jusqu’au dernier !

-Oh ! n’a-t-on pas eu pitié des bébés loups ? De leur maman ?

-Non, car tu apprendras que dans nos actions il n’est retenu le plus souvent que le négatif ; les apparences trompeuses, dissimulent parfois un coeur généreux ; mais l’humain, se montre cruel pour son semblable, pourquoi ferait-il preuve de plus de clémence pour les animaux…Surtout lorsqu’il peut les dominer, il donne libre cours à son désir de tuerie : Il est tellement plus aisé, d’exterminer que de pardonner !

Lourde sentence prononcée par Mémère, mais quelle prémonition pour l’avenir !

Perplexe, la cruauté de mes semblables m’’étonnait : L’histoire suivante redonna un peu de rose sur l’horizon de mon Devenir que j’avais vu s’obscurcir, par le simple fait, de devoir grandir au milieu d’un monde sans pitié….

 
 

 
 
 
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