Il ressemblait à un gosse prématurément grandi, et je compris, lorsqu’il baissa son regard, gêné par le mien, que nous l’intimidions, bien plus que lui, ne pourrait jamais nous impressionner !
Ce premier jour de classe placé sous sa férule, se déroula dans un chahut indescriptible. Tous les élèves se trouvaient dans un état de surexcitation intense, l’atmosphère inhabituelle régnant au village si paisible à l’accoutumée, contribuait à cette nervosité enfantine. Trop jeunes encore pour avoir compris, que la classe demeurait un lieu protégé entre tous, où leur était distillé le Savoir. La possibilité d’enrichir leur cervelle encore vierge de culture, leur importait peu, tellement moins, que leur immense faculté de jouer, qui explosait à chaque instant.
La constatation qui me sauta aux yeux tout à coup, me transforma automatiquement en alliée du "petit Alsacien". Ne m’avait-on pas désignée pour devenir en quelque sorte son assistante ? Mon comportement démentait jusqu’à lors, le rôle assigné, me ravalant plutôt au rang des écervelés, que représentaient tous ces garnements indisciplinés ! Qu’aurait pensé de moi, devant une attitude aussi négative, l’illustre prédécesseur ? Pauvre Monsieur Carpentier !
Je considérais alors sous un jour nouveau le jeune garçon, mon état d’esprit ayant subi une mutation, l’image de cet homme s’en trouva avantageusement modifiée. Je fus fort impressionnée dès cette première rencontre, sa faiblesse que j’avais tout d’abord tournée en dérision me plut d’emblée, il ne cherchait aucunement à jouer de l’intimidation, sa gentillesse désarmait et son physique de "jeune premier "me charma. Nos yeux se croisèrent, dès cet instant je me pris aussitôt pour Juliette et de là, à imaginer que lui, se prit pour Roméo, il n’y a pas une grande distance !
Premier émoi, premier trouble, angoisse combien délicieuse, quelle douce empreinte vous m’avez laissée en mémoire.
-Mademoiselle, s’enhardit-il alors, me sentant plus coopérante, Monsieur Carpentier m’a longuement parlé de vous dans une lettre qu’il m’a adressée- il hésita encore devant mon mutisme et s’enquit alors timidement :
-Vous êtes bien Caroline Wrakoski ? Il m’a fait une description correspondant trait pour trait à votre personnalité, et je vous ai tout de suite reconnue, n’allez surtout pas me décevoir en me disant que je me suis trompé ?
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