mardi 7 septembre 2010
Tout déplier Tout replier

 
 

Le nouvel Instituteur

 


 Comment le trouves-tu ?

Je brûlais d’impatience de connaître celui qui allait succéder à cet homme que je respectais par-dessus tout, pour avoir veillé sur nous depuis notre plus tendre enfance. Notre "Maître" avait essayé de nous inculquer les bases essentielles de la connaissance.

Quelle tournure pouvait bien avoir le nouvel arrivant qui occuperait bientôt la place de notre illustre instituteur. Serait-il digne de devenir le successeur de cet homme à mes yeux tellement savant !

Vraiment ma curiosité aiguisée à l’extrême, je me trouvais sur des charbons ardents. Je piaffais littéralement d’impatience en attendant que mon amie veuille bien décrire le personnage. Savourant l’effet produit, Bernadette ne se pressait nullement, allant jusqu’à me demander :

-Devine un peu son âge ?

-Tu n’es pas gentille, lui répondis-je quelque peu agacée par le jeu de devinette qu’elle entamait, titillant mon anxiété.

Ne voulant en aucun cas ternir notre grande amitié, mon amie céda enfin, confiant son secret :

-Il est tout jeune, papa a même précisé qu’il devait avoir 19 ans au grand maximum, en plus je le trouve fort à mon goût !

-Oh toi ! Je m’en moque qu’il soit n’importe comment, bossu, répugnant ou beau comme Adonis, il ne pourra jamais remplacer Monsieur Carpentier, lui lançais-je avec une rage à peine contenue.

-Tu exagères Caroline, lui, n’y est absolument pour rien, incrimine plutôt les événements !

Prévenue, certes à torts, contre le nouvel instituteur, je m’apprêtais sans gaieté, à prendre le chemin de l’école, bien décidée à ne pas m’en laisser conter par ce jeune blanc bec ! Ce matin là, un brouillard très dense envahissait le village, l’humidité perçait nos vêtements trop légers pour la saison, et, grelottante, j’arrivais dans la salle de classe, où se nichaient un peu partout, les meilleurs souvenirs de l’enfance, qui s’éloignait à tire d’ailes, tel un oiseau traqué, emporté par un conflit qui embrasait maintenant l’Europe toute entière.

-C’est un Alsacien !

- Ah bon ! Il cumule toutes les qualités !

Nous Lorrains, nous n’estimions à vrai dire guère nos voisins que nous taxions le plus souvent de collaboration avec les allemands. A tort certes, nous leur trouvions de par leur dialecte et leur physique des affinités flagrantes avec leurs cousins germaniques. Pourquoi faisions nous preuve d’autant de mauvaise foi, les lorrains eux aussi, sont blonds aux yeux pâles : " lorsque l’on veut tuer son chien ne l’accuse-t-on pas de la rage ?" Cette maxime me plaisait et plus tard je la fis mienne, lorsque je revivais par la pensée, la fameuse rentrée scolaire, je la trouvais fort adaptée à mes idées préconçues du moment.

mireille-cezard-tardy.fr

 
 

 
 
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