mardi 7 septembre 2010
Tout déplier Tout replier

 
 

Premières Amours

 
La rentrée scolaire, cette année là ne ressembla en rien aux précédentes, et prit forcément une odeur de soufre.

Mon cher instituteur, déjà âgé, pour mes 13 ans, cependant encore suffisamment jeune pour être mobilisable, m’interpella quelques jours avant son départ. Avec une tristesse qu’il dissimulait mal, il me confia en sorte, sa succession et la voix saccadée par l’émotion, il arriva à prononcer ce petit discours lourd de conséquences :

-Caroline, je pars pour le front, là-bas, je serai encore plus utile qu’ici ; je remets à tes soins, les plus petits de la classe, tu possèdes maintenant suffisamment de maturité pour que je puisse te confier en toute tranquillité, cette tâche, difficile certes, mais dont je te crois capable. Je ne connais malheureusement pas encore mon remplaçant, je sais qu’il vient juste d’être promu enseignant, sortant à peine de l’Ecole Normale, aussi, devras-tu le seconder. Toi, là dans notre école pour veiller un peu sur tous, je suis moins angoissé à la seule idée de devoir vous quitter, et je pars rassuré.

Comme le père qu’il n’avait jamais cessé de remplacer, il m’embrassa les joues mouillées, seules témoins, de sa très grande sensibilité, lui, qui nous avait si souvent terrorisés. Il me communiqua son émotion et mes yeux s’inondèrent bientôt de larmes cuisantes.

Je l’entendis alors me consoler en ces termes :

-Prends patience, petite, cette guerre ne durera pas, une fois terminée je te le garantis, tu reprendras le chemin des études, je tiens toujours mes promesses, aussi, montre toi digne de la tâche que je te transmets. Je reviendrai et alors, lorsque je serai en âge de prendre ma retraite, je te céderai pour de bon cette fois, mon cher pupitre.

Une fois, le petit homme qui détenait mon rêve de culture entre les mains, parti, je laissais mon chagrin suivre son cours impétueux, nul n’aurait pu l’endiguer. Tout vraiment s’écroulait autour de moi. L’enfance s’en allait, fuyant à jamais, à cause de cette calamité inventée par les hommes : la guerre, je ne la connaissais que de nom, et cependant, je la haïssais déjà de toutes mes forces.

Mon amie Bernadette accourut un matin, toute joyeuse à l’idée de m’apprendre une bonne nouvelle, une semaine nous séparait encore de cette fameuse rentrée scolaire et son information m’intéressa vivement :

-Caroline, j’ai vu arriver le nouvel instituteur, je l’ai même observé de près, imagine : il est venu s’approvisionner au magasin !

mireille-cezard-tardy.fr

 
 

 
 
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