mardi 7 septembre 2010
Tout déplier Tout replier

 
 

La guerre gronde au loin

 
La période de vacances scolaires, me permettait de suivre avec attention et dans le moindre détail, les événements qui déclenchaient cette catastrophe nationale, que dis-je internationale, puisque le monde entier s’embrasait dans le même incendie, véritable ronde infernale et combien meurtrière.

Cataclysme irréversible, décidé par l’homme, devenue bête féroce pour ses frères..bientôt le village fût envahi de soldats français…bousculant nos habitudes, investissant ce qui représentait à nos yeux le château, le transformant en simple caserne !

Le château s’avérait être la seule construction majestueuse que nous possédions dans la contrée, il nous appartenait, nous avions pris l’habitude de le nommer ainsi par opposition aux misérables demeures qui l’entouraient. Il s’agissait en vérité d’une belle maison de maître du 18 e. L’ imposante bâtisse se retrouva néanmoins réquisitionnée, rien ne l’avait rendue intouchable, même la noblesse du nom de son propriétaire parisien.

Devant la guerre devenions-nous tous égaux ? Certes pas, mais la meurtrière invitée, chamboulait toutes les valeurs, ne respectant plus rien, ni personne. La propriété majestueuse, entourée d’arbres millénaires qui abritaient à nos yeux d’enfant, le sommeil de la Belle au bois dormant, devenait en cette période troublée : un simple dortoir pour soldats en mal de batailles.

Les militaires avaient également pris possession de toutes nos granges. A chaque détour de chemin, nous nous retrouvions nez à nez avec un groupe de ces hommes qui, pour la plupart du temps, désoeuvrés, en proie au mal du pays, occupaient leurs loisirs à lutiner les jeunes filles de la contrée, ou à s’enivrer à l’estaminet du village : clientèle providentielle pour le propriétaire, qui voyait avec plaisir s’arrondir ses recettes. La guerre profitait donc à certains ! J’ignorais encore qu’elle servait en fait les intérêts de beaucoup ! Nombreux se nourrissent tels des charognards de la substance de leurs frères ! Ma tante, prudente par expérience, m’avait mis en garde contre tous ces hommes aux portes de l’enfer, pour qui, tous principes moraux s’annihilaient devant la peur qu’ils ressentaient déjà : leur avenir s’ouvrait sur l’incertitude de la guerre, peut-être la mort, avec un peu de chance, survivraient-ils ? Aucun ne pouvait être assuré de son retour, aussi, que pouvait-il perdre de plus précieux que cette vie, la leur, qui ne tenait plus qu’à un fil si tenu ? Mon cerbère de mère adoptive, consciente du danger que représentait la seule présence de ces régiments, cantonnés près de chez nous, m’interpella un jour en ces termes :

-Caroline, tu es une jeune fille maintenant, je préfère et de beaucoup que tu te tiennes à l’écart de ces hommes, à vrai dire cette engeance n’est guère recommandable. Les mâles, sans exception, s’avèrent être des gibiers de potence, des coureurs de jupons , pochards de surcroît !

mireille-cezard-tardy.fr

 
 

 
 
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