Puis, prenant tout à coup conscience de ma présence et de la terreur qu’elle percevait dans mon regard, elle se ressaisit comme par enchantement son sang-froid, afin d’éloigner quelque peu, les craintes multiples qui m’assaillaient :
-Ne t’inquiète surtout pas ma chérie, elle ne durera pas celle-là…et puis nous possédons la ligne Maginot…aucun ennemi ne pourra jamais la franchir ! Cruelle illusion, nous l’apprendrions plus tard à nos dépens. Nous aimions tant la France, nous voulions croire en notre pays…nous lui donnions toute notre confiance de bons patriotes …..
Malheureusement le processus de la machine infernale s’ébranla : la mobilisation générale lancée.
J’écoutais avec attention les informations que diffusait l’appareil de radio de Monsieur François, j’appris ainsi, bien avant de nombreux concitoyens, que les allemands envahissaient la Pologne…la Suède…la Norvège.
Je pleurais alors silencieusement sur le sort de tous ces pauvres gens, le pays de mon père, cette pauvre chère Pologne, comme il aimait à le répéter, allait souffrir encore davantage..et là-bas par ce sang qui me rattachait à eux, je savais qu’il me restait des parents, de amis..Je me sentais solidaire de tous ces inconnus…Quel immense malheur !
Mais le speaker nous tranquillisait : "Nous Français, nous pouvons dormir rassurés, nous avons un moyen de défense inattaquable : la fameuse ligne construite par nos soins, cette muraille protectrice et combien infranchissable, nous met à l’abri des armées ennemies !" En effet n’entendions nous pas à longueur de journée :" cette fortification est imprenable" de la bouche même de nos hommes d’état de l’époque, sûrs de leur fait.
Depuis, comment puis-je apporter quelque crédit à toutes les promesses gouvernementales, à cette cuisine politique, comme persiflait Mémère dans sa sagesse populaire. Naïfs que nous étions ! Les Allemands eurent tôt fait de nous démontrer le contraire, et l’absurdité de nos affirmations, erronées en diable… Nos "chers ennemis" contournèrent aisément cette construction désuète, avec quelle rapidité d’ailleurs ! Fortification moyenâgeuse qui avait englouti beaucoup d’argent et en laquelle nous avions misé tous nos espoirs, sa seule présence, avait endormi notre vigilance….
Mireille-cezard-tardy.fr


