Tous les dimanches, à la sortie de l’office, de petits groupes se constituaient et tous n’avaient qu’un seule préoccupation : la guerre ! On ne pourrait y échapper ! En 1937, elle avait déjà failli éclater…1939 se révéla être la date fatidique.
Ce court répit avait seulement permis à Caroline d’obtenir deux récompenses, à des disciplines fort distinctes : La communion scellait son éducation religieuse, et le certificat d’études sanctionnait quant à lui, un travail scolaire consciencieux.
Les Portes de l’avenir s’ouvraient sous les meilleurs auspices et le Futur ne pouvait que se révéler prometteur pour l’adolescente. Le sort en avait décidé autrement :
-Mémère nous sommes en guerre ! la guerre, je viens de l’entendre annoncer à la radio de Monsieur François !
Hors d’haleine, je criais, hurlant presque, l’horrible nouvelle que le speaker de "France Inter" répandait sur les ondes. Je servais une cliente dans l’épicerie, tout se déroulait dans une quiétude qui ressemblait au bonheur, lorsqu’une simple phrase, venait bouleverser cette journée ensoleillée. Je sortis en trombe de la petite boutique, le ciel prit alors, un aspect plombé, tout chavirait, mon univers éclatait. Dès cet instant, je voulais à tout prix, partager la peur qui déferlait en moi, dévastatrice et si envahissante, qu’ une seule personne serait apte à comprendre : Mémère, mon unique refuge. Il fallait qu’elle apprenne l’affreuse nouvelle par moi, je courais à perdre le souffle, jetant aux villageois hébétés que je croisais, ce seul cri :" la guerre, la guerre".
Il est utile de préciser que la T.S.F, appareil coûteux, se trouvait être l’apanage de quelques personnes privilégiées, dont Monsieur François faisait parti, et les autres quant à elles, connaissaient les nouvelles par le bouche à oreille.
Je découvrais l’aïeule chérie, à la cuisine qui épluchait des pommes de terre pour notre repas de midi. Lorsqu’elle m’aperçut échevelée, les yeux hagards et presque en sueurs, elle comprit de suite. Je pénétrais, telle une furie dans la petite pièce, où sur le fourneau noirci, mijotait tout en ronronnant un ragoût qui embaumait :
-Mémère ! oh Mémère, c’est la guerre, prononçais-je d’une voix rauque d’émotion.
Mireille-cezard-tardy.fr


